Analyse | Dans un Québec qui se réchauffe, pourquoi tant de neige?
Dans ce pays qui est d’hiver, la neige ne laisse personne indifférent. Elle réjouit et enrage. La neige, on l’aime ou on la déteste, parfois les deux dans la même journée. Le silence qu’elle impose nous apaise, mais elle bousille notre quotidien. Une douce calamité. À en juger par les nombreux messages reçus de votre part, une question vous titille : on vient de connaître l’année la plus chaude jamais enregistrée dans l’histoire et voilà que s’abat sur l’est du pays la plus grosse tempête de neige (72,4 cm) depuis la fin du 19e siècle. Que se passe-t-il? Avec les changements climatiques, n’étions-nous pas censés avoir moins neige? La réponse est oui. Il est l’auteur principal d’un article (Nouvelle fenêtre) sur les effets du réchauffement des températures sur les grosses bordées de neige dans l’est du continent, paru en 2023 dans le Journal of Geophysical Research : Atmospheres. Le climatologue et spécialiste en simulations et en analyses climatiques chez Ouranos, Christopher McCray. Photo : Radio-Canada / Google Meet Cependant, moins de neige à l'avenir ne veut pas dire que les grosses bordées vont disparaître pour autant. Les grosses tempêtes comme celles qu’on a reçues au cours des derniers jours ou au cours des dernières décennies vont subsister à l’avenir, même si les températures moyennes se réchauffent. À l’avenir, les hivers dans le sud du Québec pourraient davantage ressembler aux hivers dans des villes comme Boston, par exemple, qui reçoit environ moitié moins de neige que Montréal chaque année mais où s’abattent parfois de grosses tempêtes très violentes d’un seul coup, ce qui paralyse la ville. Ce phénomène s’explique ainsi. Plus la température est élevée, plus l’air est chaud. L’air chaud étant moins dense, les molécules qui le composent sont plus éloignées l’une de l’autre, ce qui laisse plus de place aux molécules d’eau pour occuper cet espace. C’est ainsi que l’air chaud retient plus d’humidité, ce qui accroît la quantité de précipitations. Les spécialistes de l’atmosphère estiment que les chutes de neige sont plus probables quand le mercure se situe autour de - 2 °C. C’est à cette température que l’air peut contenir un maximum d’humidité sous le point de congélation. La patinoire du canal Rideau à Ottawa ouvre de moins en moins longtemps, faute de froid. Cette photo a été prise en janvier 2024. Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld Avec le réchauffement, les températures hivernales dépassent de plus en plus souvent le seuil de 0 °C, le point de congélation, ce qui transforme les précipitations de neige en pluie. C’est la raison pour laquelle les experts prévoient une baisse des quantités de neige dans l’est du Canada, au profit de la pluie. Cependant, est-ce à dire qu’il n’y aura plus de grosses bordées de neige? Pas du tout. En effet, même dans un climat plus chaud, il y aura toujours des journées propices à des averses de neige, entre -2 °C et -10 °C. Il y aura probablement un moins grand nombre de grosses tempêtes de neige, mais les quantités de neige qui vont tomber dans ces fortes tempêtes ne devraient pas diminuer, et ce, même en cas de réchauffement planétaire de 3 °C ou 4 °C. En somme, avec le réchauffement, il devrait y avoir plus de pluie et moins de neige l'hiver, mais la quantité de neige qui tombe pendant les grandes bordées ne devrait pas baisser, car les conditions propices à la formation de flocons seront toujours présentes. Les grosses tempêtes vont donc continuer à nous toucher, pour le meilleur et pour le pire. Dans un climat plus chaud, il pourrait même y avoir encore plus de journées d’hiver qui se situeront dans la Cependant, tout cela reste difficile à évaluer parce que les températures sont touchées par la géographie locale, par exemple les montagnes, les vallées ou les cours d’eau. Selon les données d’Ouranos, la température moyenne des hivers à Montréal au cours de la période 1991-2020 s'est établie à -7,2 °C. On prévoit que le mercure moyen sera passé à -1,5 °C en 2080. Pour la ville de Québec, la température moyenne devrait passer de -10,1 °C à -4,4 °C au cours de la même période. Des chasse-neige au moment de déneiger une rue de Montréal le mercredi 19 février 2025. Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi Et il faudra s’adapter à ces bouleversements. Si, à l’avenir, les chutes de neige deviennent moins nombreuses et plus éparses, il est possible qu'on commence à se déshabituer des hivers blancs et qu’on perde une expertise très peu répandue dans le monde. Dans un tel contexte, les responsables politiques seront peut-être tentés d’économiser de l’argent en achetant moins d’équipement et en investissant moins dans le personnel pour faire face à la neige. Les citoyens risquent ainsi de se trouver fort dépourvus quand les grosses bordées blanches couvriront les campagnes, les routes et les rues. Avec la hausse des températures, la neige plus lourde et C’est sans parler des perturbations que causera cet apport supplémentaire en eau pour le réseau des égouts et du traitement des eaux. Contrairement à la pluie, qui va directement dans le système, la neige a l’avantage de fondre doucement, ce qui réduit la pression sur les infrastructures. Le manque de neige sur les terres agricoles peut avoir des conséquences fâcheuses pour l’irrigation des champs, comme celui-ci en Mauricie en 2023. Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé Toutefois, les pires effets sont certainement liés au déficit de neige à long terme pour l’environnement d’un pays nordique comme le Canada. Le couvert neigeux joue un rôle indispensable dans l’équilibre écologique des territoires. Quand elle tombe normalement, la neige est un immense réservoir d’eau qui fond petit à petit pour abreuver toute une géographie qui a soif. Les maraîchers du Québec, les terres céréalières des Prairies, les vignobles de la vallée du Niagara et les bassins d’Hydro-Québec en dépendent tous. Le La neige isole la végétation des grands gels, elle héberge une faune et une flore abondantes, dont une immense variété de micro-organismes, cruciaux pour l’équilibre de la vie sur Terre. Sa blancheur joue aussi un rôle déterminant pour atténuer l’effet de serre en reflétant le rayonnement solaire vers l’atmosphère. C’est sans parler du fait que dans un pays comme le Canada, la neige fait partie de l’imaginaire collectif, une réalité qui a forgé au fil des siècles le caractère de ses habitants. Avec le réchauffement, c’est tout ça qui se perd. Mais au moins, on sait qu’il y aura toujours des tempêtes. La neige nous met en magie
, a écrit la grande Anne Hébert dans son poème Neige.J’haïs l’hiver! Maudit hiver!
chantait avec humour Dominique Michel dans sa célèbre ballade.On estime qu’un réchauffement planétaire de 2 °C entraînerait une diminution d’environ 20 % de la quantité annuelle de neige à Montréal ou à Toronto par rapport à la moyenne de la période 1980-2009
, m’a expliqué en entrevue le climatologue au consortium Ouranos, Christopher McCray.
On va surtout perdre les petites bordées de neige qu’on est habitués à avoir un peu tout le temps pendant l’hiver, quelques centimètres à la fois.
Le type de tempêtes de neige qui touchaient auparavant la partie sud de la côte est des États-Unis s’étend désormais jusqu'à la région frontalière entre les États-Unis et le Canada
, disait récemment au New York Times Paul Kushner, physicien de l’atmosphère à l’Université de Toronto. Une fourchette magique de température
Il y a une fourchette magique pour que l’humidité se transforme en neige : entre 0 °C et - 10 °C
, précise Christopher McCray.
fourchette magique
de températures propices à la neige, car il y aura moins de journées de grand froid, selon M. McCray.L’hiver est la saison qui change le plus vite avec les bouleversements du climat
, dit M. McCray.
S'adapter
Ce sont vraiment de gros changements
, pense le climatologue d’Ouranos, Christopher McCray.mouillée
par des pluies de plus en plus fréquentes pourrait aussi fragiliser certaines infrastructures.
manteau
avec lequel la neige recouvre le paysage est un élément essentiel de la vie sauvage.
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